29 mai 2008
"Peau d'âne" s'enfuyant du Château paternel...
... par Gustave Doré
*
Une illustration de "Peau d'âne"
pour la ré-édition au XIXème siècle des Contes de Charles Perrault
- volume illustré réédité par les Editions de Lodi, Turin (Italie) -
*
Affiche de Jim Léon pour Peau d'Âne un film de Jacques Demy (1970) |
Lithographie en couleurs (affiche 156 x 116 cm) |
| BnF, Arts du spectacle (Aff 62649) D.R. Ciné Mag Bodard |
Commentaires
Peau d'âne, c'est un conte à jamais magnifié par Jacques Demy, avec ces deux mondes symbolisés par la couleur rouge et la couleur bleu, et pour finir dans le blanc de l'hymen...
Certes, à la base, il s'agit d'une vilaine histoire d'inceste, un oedipe à résoudre (ce que fait si joliment et en chanson la fée des lilas, la délicieuse et féminissime Delphine Seyrig, qui, en bonne marraine, déconseille à la jeune fille d'épouser son papa "mon enfant, on n'épouse jamais ses parents"). Il s'agit d'un joli conte sur le passage de l'enfance à l'âge adulte, car finalement, dans cette histoire, les deux tourtereaux sont de grands enfants, protégés du monde, préoccupés d'eux-mêmes, égoïstes. "Mais qu'allons nous faire de tout ce bonheur..." chantent-ils... rêvant de se gaver de sucreries comme les enfants qu'ils sont encore... le monde de l'amour se résumant pour eux à une immense récréation, le sexe étant apparemment fort éloigné de leurs préoccupations... sidérant, non ?
Jacques Demy a rendu un fort bel hommage à Jean Cocteau dans ce film,(bien que l'univers du premier soit infiniment plus joyeux et coloré que celui du second, sombre, torturé, profond), hommage à travers les costumes et les décors surtout, les serviteurs aussi (peints en bleu chez le père de Peau d'âne).
Je suis toujours peinée de voir que l'âne, gentille bête en son étable, est sacrifié au nom de l'amour. Dire qu'à chaque passage du film, je m'attends à ce qu'il soit épargné... allez savoir...
Mes oreillers douillets m'appellent, je reviendrai plus tard.
Bisous et âmitié
Oursonne la douce
Oui, moi aussi ce qui me choquait énormément quand j'étais petite fille et que ma mère me racontait Peau d'âne, c'était cet âne tué et dépecé, j'étais infiniment triste et aussi dégoûtée d'imaginer la peau sanguinolente sur le dos de la demoiselle...
Ce qui me fascinait le plus, la robe couleur de soleil.
Voilà un conte que j'aime beaucoup. La robe couleur du temps... je l'imagine, mais elle n'est pas comme celle du film. L'anneau dans le gâteau... et ce pauvre âne bien sûr !
Peau d ' âmes ...
Comme je me suis régalée à lire le commentaire d' Oursonne la douce ... Je ne reviendrai pas sur tout ce qu'elle a si bien dit ...
Extraordinaire la fascination exercée par ce conte chez la petite fille ...
Oui, le si beau film de Jacques Demy que j'ai dû voir au moins 10 fois et mes filles aussi ...!
Si vous pouviez m'entendre, je le chanterais : " Amour, amour, je t'aime tant, je t'aime tant ..." et la recette du gâteau d' amour ( il m'arrive régulièrement de le chanter en faisant mes gâteaux ! ) cette scène merveilleuse, où elle malaxe, rêveuse et amoureuse la pâte de ses doigts de fée et y glisse l'anneau avant la cuisson ... Les robes couleurs du temps et la magie qui opère toujours dans les yeux des fillettes et des femmes en général quand de haillons, les robes se transforment en splendeurs aux couleurs du temps de plus en plus belles ( il y en a trois !)d'où la fascination encore accrue et le ravissement ...
Je suis désolée mon Oursonne ( tu défends tes congénères c'est normal !)et j'aime tant les animaux mais là je n'ai jamais été choquée, c'était naturel pour moi, sa connivence, sa proximité, son amour pour cette peau tendre, chaude et protectrice ... et je trouve justement que tout le charme vient de cette peau de bête, ce côté animal, la jeune fille si pure et pourtant si proche de la sensualité, comme une seconde peau ... qui la protège encore, qui l'invite doucement à rencontrer l'amour, qui la rend encore plus féminine ... et "désirable "devrais-je dire ... enfin, c'est ainsi que je ressentais, ce mélange fort troublant d'intouchable en elle et de plus originel ... Se dêvetir de cette peau, passer à l'âge adulte, se défaire de l'amour de papa, pour aimer ... oui, le passage des deux amoureux plutôt niais, pourris gâtés au milieu de rêves de douceurs, de plaisirs enfantins ...et toute la crédulité, l'insouciance du jeune âge favorisé ...mais l'image de la peau de l'âne, animal si doux, ignorant, inoffensif reste intacte pourtant ...
Et la douceur du conte, le jeu des personnages du film ( un des rares fims où j'aime Catherine Deneuve, parfaite dans ce rôle ), la belle et exquise Delphine Seyrig et le beau Jean Marais ...
Des peaux d'âmes ...
J'en veux d'autres moi des films comme ça aujourd'hui ... !!!
Dépôt de bisou et d'amitié à toi et à toutes tes fées visiteuses !
à bientôt
Servanne
J'ai l'impression de faire partie de cette génération qui ne connait que des versions un peu "détournées" des contes de fées, celles où, entre autres, tout finit bien. Je me suis rendue compte tardivement que je ne connaissais même pas les "versions originales" de nos classiques, et je comprends mieux un professeur de français qui nous incitait à les lire et laisser de côté les "niaiseries de Walt Disney".
Bref, une dizaine d'années plus tard, je fais le ménage, je garde les jolies images de ces versions de petite fille, parce qu'elles sont douces et qu'elles nous donnaient envie d'être des princesses, mais la petite fille a grandi et apprécie de connaître ces textes originaux parfois un peu "choquant" mais tout aussi passionnant!
Ce film Peau d'âne, avec Catherine Deneuve, j'étais si petite quand je l'ai vu! un agréable souvenir et un gros coup de coeur pour ce conte!
Amour , amour....
J'ai toujours aimé ce film....à chaque difusion je suis la risée de mon mari....! J'ai converti ma fille qui adore , chic !!!!
Il y'a dans ce film une douce kitcherie , des zones sombres et inquiétantes dans des decors de carton pate, des robes affolantes et un prince comme on en fait plus...
Un film à part....
Bises !
Loetitia
Peau d'âne.... Je ne me souviens pas avoir lu le livre..... Par contre le film j'avais beaucoup aimé.
Réponse(s) aux Princesses Oursonne, Christiane, Violette, Servanne, Alicia, Loetitia & Zia...
MILLE MERCIS à Vous Sept réunies, chères Amies, d'avoir su ensemble "créer" l'article... Quelle expérience passionnante ! Car, euh, si vous relisez bien "mon" texte, vous vous apercevrez qu'il n'y a pas de texte... Cent phrases magiques et sensibles que vous avez su écrire et tisser collectivement... "couleur du Soleil" ou "couleur du Temps"... en vos nuées de poussière d'étoiles.
Quelque chose de fascinant à voir comment s'ouvrent, se déplient à l'infini les souvenirs et tout l'imaginaire "féérisant" de ces petites filles attentives et rêveuses que vous avez su être... Bah, de rêvasser à ces histoires de fées et de princesses, c'est "des trucs bons pour les filles !", on s' disait de not' côté en jouant aux billes, occupés à gagner ou perdre nos agathes ou nos calots !
C'est qu'il y a toujours du rose et du noir dans les "contes de fées" (ç'qui est jamais niais ou nié !) : type de mélange qu'on aime beaucoup, et qui attire toujours notre curiosité... la féérie et son envers... Peau d'âne et ce pauvre animal dépecé... la jeune fille et la sauvagerie du monde qui l'attend... le monde de l'enfance et le difficile et aventureux Passage "vers" l'âge adulte (s'il existe bien : cet âge où l'on devient responsable d'autres que soi-même)... le père-"héros" de la petite puis jeune fille et l'inceste interdit... Tout ceci étant dit, j'aime beaucoup l'idée de la robe couleur soleil ou couleur du "Temps qu'il fait"... je vais donc par curiosité aller regarder et écouter doncques ces chansons tendres et acidulées du film de Jacques Demy dont j'ai admiré la superbe affiche (film que j'avoue ne jamais avoir vu et "découvert" vraiment grâce au premier commentaire laissé ici par notre chère âmie Oursonne... ) mais ne chanterai nullement "Amour, amour... " dans notre cuisine (car pas envie moi non plus, chère Loetitia, de me faire fiche de moi par ma Fée ou quiconque)...
Chères Oursonne et Servanne, vous dites tant de belles choses (dorées au four, au fil de vos souvenirs émerveillés et radieux)...
Chères Christiane, Violette, Alicia et Loetitia, vous d'ailleurs n'êtes guère en reste... l'enfance aux yeux écarquillés semble aussi être juste derrière vous - ou c'est tout comme !
Pour toi, chère Zia, il faut que tu lises bien ce (court) conte de Perrault (illustré par Doré, au nom prédestiné)...
Ainsi, la tête pleine d'images, sous la magnifique affiche décorant le mur, préparant (sans doute) le gâteau magique il sera grand temps ensuite de nous mettre à chanter ensemble (en simultané) en nos cuisines : "Amour amour... " (j'ai envie de blaguer, ce soir)
" Mais qu'allons-nous faire de tout ce bonheur ? ". Grave question, il est vrai...
Bises & Amitié-fée à vous !
tres joli blog, et la couverture de boucle d'or m'a fait bondir qques années en arrière!
Mon cri pour sauver l'âne est un cri d'amour, j'aime cette bête là. Elle m'attendrit.
Je reconnais cependant humblement que mon "analyse" de l'oeuvre est un peu bancale car incomplète.
Oui, ma Servanne, tu as raison, le côté sauvage et sensuel de la femme "Peau d'âne" lui vient de cette peau qui la sort de l'enfance et l'emmène vers l'homme... si j'osais, un autre genre de bête ? (rires)
Elle fait le choix (un peu poussée par marraine la fée des lilas, il est vrai) de découvrir la vie et de se révéler à elle-même... affrontant les souris, les araignées, les moqueries, la solitude, le mépris... dur, pour une princesse choyée, pour une enfant adorée.
Préserver l'enfant en l'adulte, quelle gageure... Y parvenons-nous vraiment ?
Et puis, aussi, préserver la part sauvage, la part spontanée de soi face à l'autre, face aux autres...
... à suivre...
Oursonne la douce (et la sauvage !)
PS : je pense, par association d'idée, à ce livre de Clarissa Pinkola-Estès que j'ai beaucoup aimé "Femmes qui courent avec les loups", qui me semble bien en rapport avec le thème aussi... non ?
Un pas de peau spontané ...
Moi, du bonheur, j'en redemande chaque jour et je n'en ai jamais trop !
Existe t-il d'ailleurs ? ...
Préserver l'enfant en l'adulte dis-tu mon Oursonne ... Oui quelle gageure mais quelle nécessité aussi ...
Celle de savoir ôter sa peau de soucis et de rigueur, de froideur et de dureté, de morale et de lâcheté ... sa vilaine peau ... pour aller chercher et laisser apparaître une peau d'âme neuve et ouverte à la magie des rêves éveillés, une peau fraîche, pure, sensible ... comme une peau douce ... Epurer la peau aux heures de nos espaces, ludiques ou féériques, clairs et toujours ouverts, heureux et lumineux ... regagner quelques pas perdus ... grimper le monde de l'enfance, " préserver la part sauvage et spontanée " oui, c'est cela ... Oser, dire, quitte à déplaire ... mais toujours garder le sourire, une face d'amour et de bonté, pas d'aigreur, d'envie, pas de peau de mal, mais la peau de miel, la peau tendre, la peau originelle de l' Homme ...
Pas toujours facile manque de peau !!!
Malgré les déceptions ...la persévérance et le pardon comme valeurs nobles, "peau à peau" ! ... On gagne en confiance ... et la confiance, un des plus beaux mots pour moi ...
Servannement
Réponses à Hélène, Oursonne et Servanne
... à Hélène : merci ! J'avoue aimer éveiller une sourde nostalgie...
... à Oursonne : "préserver la part sauvage, la part spontanée de soi face à l'autre, face aux autres" : sauvage et douce, bien sûr... Rester "enfant de la Nature", c'est le pari d'un être humain qui veut le rester dans une société de plus en plus nivelante, parfois déshumanisante, volontiers chosifiante... je retiens le titre du livre que tu nous conseilles... Merci de cette nouvelle et si belle contribution !
... à Servanne : je ne voudrais pas intervenir dans cette échange magnifique... si cet espace pouvait rester un forum aussi stimulant et riche ! mMrci à vous deux, du fond du coeur... et à très bientôt sur tous nos espaces-rêves (reflets des plus belles choses que l'on a à offrir aux autres, sans doute... ).
Bises & Amitié à toutes nos Amies !
à celui qui intercède ...
Oursonne/Servanne ...
Sans nous connaître, nous avons pris des prénoms très proches ...et je crois que c'est révélateur ...
C'est une déclaration ... d'amitié mon Oursonne que je te fais ici ...puisque le maître des lieux le permet ... en bonne et due peau ...
Servanne
Oh, c'est beau et quel bien ça fait ...
Si je te disais ma Servanne, et à toi, cher Dourvac'h, qu'hier après-midi, je rapprochais dans ma tit' têt' nos trois "prénoms choisis" et constatait l'harmonie des syllabes qui se répondent (Dour... Our... onne... anne), leur consonance, le nombre de lettres identique. Je l'ai fait comme un jeu, sans être passée par là... transmission de pensée, "en bonne et due peau" ? (rires)
Merci, âmi Dourvac'h, de cet espace ouvert où l'on s'exprime en toute liberté et amitié belle.
Merci, ma Servanne, c'est très touchant et charmant.
Je sens que je vais passer une très belle journée
Bisous émus d'Oursonne la douce
Réponses à Servanne et Oursonne...
... à Servanne : je veux bien tous les jours intercéder dans ce monde de brutes... quand j'ai blagué sur "Amour, amour" fredonné dans nos cuisines, c'était très sérieux : une idée de communion, au-delà des distances... d'ailleurs, je n'ai pas été sans remarquer combien il peut être doux d'embrasser une nuque féminine devant un évier (car les tâches culinaires se réalisent "au mieux" ensemble, comme le reste) ou devant la blancheur d'un bouleau... C'est la magie de cette chanson intérieure, sans doute... c'est en tout cas ma (seule) vraie "religion"... quand je pense qu'il est des andouilles pour se transformer en bombes humaines pendant ce temps, pour un dieu de mort si minable... A force de nier la valeur des sentiments et à force de frustration sexuelle, on arrive à ces monstruosités aujourd'hui si banales... Homme et femmes, revêtons-nous de "peaux d'âmes" et redevenons humains...
... à Oursonne : (une)"Amitié (est toujours) belle", oui... surtout si elle peut durer ! Et, tu as raison, c'est une belle musique que ces trois noms (et tant d'autres) réunis, au fond... Déjà huit lettres en commun...(c'est vrai qu'il y a le ' de "c'h").Et si nous avions le pouvoir de nous "civiliser" à plus large échelle ! Mais tu connais "l'Art des Fées", au fait... celui de la Douceur...
bonjour ami du blog... j'ai pris du retard dans mes lectures..c'est super cette idée de rappeler à nos souvenirs ces ouvrages... je ne me souviens plus de Peau d'âne.. très vaguement... cela m'incitera peut-être à le relire... mais je vais lire également les commentaires qui sont toujours enrichissants..
à bientôt
Cette gravure de ce cher Gus' demeure l'une de mes préférées, que j'avais par ailleurs choisie pour illustrer un article par chez moi (aujourd'hui supprimé, je ne me refais pas !).
Quelle splendide vision que ce château qui se dresse, menaçant (symboliquement, le Pouvoir phallique du Père qui détient la Loi)... Peau d'Âne regarde, inquiète, vers ce bâtiment. Mais si des gardes l'attendaient au devant, en bas des escaliers ?...
Les gravures de Gustave pour les contes de Perrault m'ont toujours fait frissonner. Comme les sept frères perdus dans la forêt, en proie à une terreur ineffable, à part peut-être Poucet, qui n'a pas peur de ses propres abîmes, ni d'affronter le monstre qui sommeille en lui et symbolisés par la forêt profonde et l'Ogre (car Poucet est cruel, presque autant que l'Ogre !) ; ou bien les sept frères implorant la femme de l'Ogre devant leur maison, avec un magnifique effet de clair-obscur...
Gustave Doré était un Maître, sauf peut-être en peinture :D !
À ce titre, j'évoque sa gravure "Le Néophyte", dont il a livré une autre version, peinte celle-ci. Autant la gravure est une merveille, où Doré demeure égal à lui-même - autant le tableau laisse perplexe !
"Le Néophyte" est par ailleurs une œuvre inquiétante, silencieuse, sourde et froide. Il y aurait beaucoup à dire dessus :) !
Et, last but not least :
http://dore.artpassions.net/ :) .
Oh Peau d'âme...euh pardon peau d'âne. En voila un de conte riche et magnifique. Combien de petites filles ont dû frissonner en entendant le début, ce roi qui veut épouser sa fille!...
Mais il faut lire le conte au-delà de toute moralité. Ce n'est pas le message le plus important qu'il véhicule...Le conte débute souvent par la fin de quelque chose, une mort (voir Blanche-neige, Cendrillon et bien d'autres...). Ce n'est bien sûr pas une mort physique dont le conte parle mais la fin de quelque chose. De l'enfance sans doute comme le souligne bien notre chère Oursonne. Mais l'enfance de quoi... Je laisse la question en suspens! ;)
Ceci dit je connais la version de Cocteau que j'adore mais je ne connaissais pas celle-ci.
Encore moi...
Les illustrations de Gustave Doré, quelle merveille!J'ai bcq moins aimé de film de Demy, surtout la scène avec l'hélicoptère...trop anachronique pour moi et mon sens tradition des choses...
Re biz!
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